La masturbation contre la douleur

mai 9, 2020

Vous avez mal ? Faites vous du bien.

Merci d’être là et de lire cet article.
Vous y trouverez des informations sur le rôle du plaisir dans la gestion de la douleur, notamment dans la pratique de la masturbation.

Cet article s’adresse aux personnes ayants des douleurs chroniques, aux femmes souffrants de règles douloureuses ou à n’importe qui est en souffrance (physique ou psychique).

Il a été écrit sur la demande d’une amie, atteinte de l’endométriose, qui souhaitait avoir quelques tips et conseils sur ce sujet, pour gérer mieux gérer sa douleur. Alors merci à toi, de m’avoir vissé à l’écriture !

Si vous voulez des infos sur la gestion des émotions, vous avez tout cela dans mon blog.

Comme d’habitude, je vous ai mis quelques œuvres d’art pour rythmer cet article, parce que le plaisir des yeux, c’est important ! Si vous avez des remarques, avis, questions ou conseils sur mes articles, vous pouvez me contacter directement.

Bonne lecture 🙂

Comment ça fonctionne la douleur et le plaisir ?

La douleur :

Selon l’Association internationale pour l’étude de la douleur (IASP) : « la douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite dans ces termes ».

La douleur a une part physique et une autre émotionnelle, mais dans les deux cas on considère que la douleur est une information. Une information sur un dégât subit sur le corps et/ou sur l’esprit.

Votre niveau d’anxiété peut beaucoup modifier votre expérience de la douleur : plus vous êtes stressé.e et plus vous avez mal. L’inverse est vrai aussi : plus vous avez mal plus vous allez stresser… c’est un cercle vicieux dont on ne se débarrasse pas facilement.

Mais il y a des outils pour briser ce cercle et en créer un nouveau plus agréable : l’hypnose et notamment l’autohypnose qui peuvent aider sur ce sujet.

Il y a une chose qui peut vraiment vous sortir de la douleur : la masturbation. Voilà pourquoi :


1923 Fingesten Improvisationen Thema Liebe 282
« Improvisations sur le thème de l’amour »
Dessin, 1923

Fingesten pour le collectionneur Heinrich Stinnes


Le plaisir :

Il est difficile de définir le plaisir en une seul phrase, il peut être défini comme : une satisfaction, une absence de tensions, un moment de plénitude, d’accomplissement, d’excitation, un moment explosif ou au contraire très doux. Il peut être plus ou moins fort, plus ou moins emportant, plus ou moins créatif (et même parfois douloureux pour celles et ceux qui aiment mélanger les sensations). Il est multiple !

Un point commun à tous les plaisirs : vous les cherchez continuellement, votre inconscient les poursuit quotidiennement : manger, toucher, regarder, sentir, écouter de la musique, embrasser quelqu’un, faire des câlins, se masturber ou juste être en pleine conscience.

Le plaisir s’adresse aux 5 sens mais aussi à l’inconscient, il y a des voluptés non-physiques. On peut très bien prendre son pied intellectuellement ou émotionnellement sans qu’il y ait un contact physique avec l’objet de la jouissance.

Une chose est sûre : le plaisir, c’est perso (comme la douleur, comme les émotions, etc) ! Chacun et chacune le vie différemment. C’est la connaissance de soi et l’harmonie interne qui fait augmenter les plaisirs de l’existence.

Petite parenthèse : votre plaisir vous appartient, celui du voisin lui appartient. Sexuellement ou dans d’autres situations, c’est vous-même qui jouissez. Même quand vous êtes à deux (ou plus), ce n’est pas l’autre qui vous fait jouir. C’est vous qui acceptez de jouir avec l’autre. Donc vous n’êtes pas responsable de l’orgasme (ou de l’absence de l’orgasme) de l’autre. C’est une question personnelle et de communication entre deux corps/inconscients/volontés/…

C’est un des – très nombreux – intérêts de la masturbation : la connaissance de soi et l’apprentissage de son corps. Vous trouverez des livres sur ce sujet dans ma bibliographie.


L’orgasme :

Bien souvent, dans la pratique de la masturbation, le but est d’atteindre l’orgasme. Étymologiquement, « orgasme » vient de « colère » et de « sève », c’est donc quelque chose de personnel, d’interne mais aussi de puissant !

Un orgasme peut être associé à des cris, des larmes (qui ne sont pas de la tristesse), des expressions faciales bizarres, des fous-rires, des tensions musculaires fortes puis des relâchements, des frissons, des tremblements et autres choses diverses. Chacune et chacun réagira différemment en fonction du fonctionnement de l’état du corps, des émotions, de la compagnie, de l’ambiance, …

L’orgasme est un moment, une explosion d’émotion et de sensation intense. C’est ce qu’on appelle le « plateau extatique », avant lui le plaisir monte et monte, après lui, cela diminue. Mais il y a des tas d’astuces en sexologie pour relancer le cycle et aller vers un nouvel orgasme, qu’on ait une vulve ou un pénis. On peut « orgasmer » à la chaîne quand on se connaît bien.

La décharge de plaisir de l’orgasme est tellement forte, qu’elle déclenche des merveilles dans votre corps et votre esprit, dont en voici quelques unes :

  • Déclenche une GROSSE dose de bien-être qui lutte contre la peur, la colère et la peur. C’est un très bon bon moyen de se « vider la tête » et de prendre une dose d’émotions agréables.
  • Diminue grandement la douleur (grâce à l’endorphine), l’équivalent d’un médicament analgésique puissant.
  • Détend le corps et aide à lutter contre les crampes.
  • Lutte contre l’insomnie (encore les endorphines) et aide à l’endormissement.
  • Augmente la régénération des cellules et ainsi lutte contre les cancers.
  • Augmente l’espérance de vie (si, si c’est vrai).

Vous avez compris, quand on a mal, avoir du plaisir c’est salutaire !

Avis personnel sur la différence d’accès à l’orgasme entre homme et femme :
On lit parfois que les hommes jouissent plus facilement que les femmes. Ce n’est pas une vérité biologique mais plutôt une croyance populaire, je considère personnellement que cela est dû au fonctionnement patriarcal de la société.

Dans une société qui contrôle tout ce que fait la femme, où la femme doit avoir honte de son corps et où la culture du plaisir est masculino-centrée cela paraît évident que l’accès au plaisir soit plus facile pour un homme que pour une femme. Comment aimer et donner du plaisir à un corps qui est tellement surveillé et sous emprise ? Comment prendre du plaisir quand la souffrance est plus valorisée que le bonheur ? Tout condamne ce plaisir dans nos sociétés et encore plus pour la femme. On les exhorte à souffrir pour être belle, souffrir pour mériter, souffrir pour travailler, souffrir… Mais où est la jouissance là-dedans ?!

Cette difficulté d’accès à l’orgasme peut être mis en parallèle avec la difficulté masculine d’accès à l’orgasme prostatique, encore très tabou. Le tabou, quel qu’il soit va forcément créer des inégalités, de la souffrance et de la frustration.


Gerda Wegener Les délassements d'Eros
« Les délassements d’Eros »
illustration, 1925

Gerda Wegener
Fait notable pour l’époque, Gerda s’est mariée en 1930 à l’artiste Einar Wegener qui devient Lili Elbe, un des premiers transexuels opérés de l’histoire. Elles formeront un couple d’artistes incroyables.


La jouissance contre la douleur

Vous avez compris : la douleur c’est un état difficile que la masturbation peut soulager. Soulager en brisant la boucle de la douleur pour en commencer une nouvelle, celle du plaisir. Durant la masturbation la douleur diminue et si vous atteignez l’orgasme, l’endorphine déclenchée par votre cerveau vous isolera de la douleur pour quelques temps.

Se masturber, au delà des effets plaisants pour le corps et l’esprit c’est aussi un acte politique, de résistance à l’oppression des corps mais aussi un acte philosophique d’amour et de respect de soi.


Se masturber pendant des règles douloureuses, notamment dans le cas de l’endométriose

Bien-sûr, il n’y a aucune injonction à le faire, ce sont juste des propositions.

Néanmoins voici quelques points positifs de la masturbation :

  • Soulager la douleur
  • Calmer les crampes grâce à la détente musculaire qui va suivre.
  • Évacuer les émotions fortes et vécues négativement (c’est aussi valable pour les syndromes pré-menstruels)
  • Améliorer son sommeil
  • Améliorer l’image de soi, prendre soin de son corps
  • Lutter contre les taboux sociétaux autour des règles

J’entends parfois « oui mais c’est sale le sang des règles ». C’est faux, mais c’est à vous de désapprendre cette croyance et de vous en convaincre.

Si jamais vous trouvez cela « sale », gardez en tête que c’est une croyance qui a été imposé par la société. Certes, une croyance ancienne qui est commune à de nombreuses cultures et trouve un écho particulier dans les trois grandes religions monothéistes (le sang impur, la femme impur, blablabla) mais c’est une croyance et rien de plus. Cela vient de l’idée archaïque, que l’on trouve dans les plus anciennes cultures, que le sang est la vie (la pneuma, le souffle vital) alors la perte de sang serait un état chaotique.

Chacune fait en fonction de sa culture et de ses croyances, prenez juste en note qu’en médecine et en sexologie, nous conseillons souvent aux femmes souffrants de règles douloureuses de pratiquer la masturbation, seules ou à plusieurs. Parce que cela soulage le corps et l’esprit.

Bon plaisir à tout le monde, bonne crampe à vos doigts, vos mains et n’oubliez pas de recharger la batterie de vos sextoys entre deux utilisations.

Bien à vous,
Tristan

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Sexologue, hypnothérapeute à Tours (37) – Hypnose et sexologie